Bruno Belin attire l’attention de Mme la ministre déléguée chargée de l’enseignement et de la formation professionnels et de l’apprentissage sur la situation critique des centres de formation d’apprentis (CFA) territoriaux à la suite du désengagement financier de l’État.
La réduction de 88 % des dotations en faveur de l’apprentissage, passant de 268 millions d’euros à 33 millions d’euros au niveau national, suscite une vive incompréhension et une forte inquiétude chez les acteurs de terrain. En Nouvelle-Aquitaine, cette décision est perçue comme brutale et insuffisamment concertée, les financements s’effondrant et mettant directement en péril les capacités d’investissement et de fonctionnement des CFA.
Cette évolution résulte de l’arrêté du 28 mai 2026, fixant le montant et la répartition du fonds de soutien à l’apprentissage aux régions. Au-delà de l’aspect budgétaire, c’est la survie de l’apprentissage qui est engagée. Les centres de formation alertent sur une réduction des effectifs, la diminution des heures de formation et un risque de fermeture de structures, notamment en milieu rural. Cette situation fragilise un modèle pourtant essentiel à l’insertion de nos jeunes et à la réponse aux besoins de recrutement des entreprises, en particulier dans les métiers en tension.
Il convient également de rappeler que les métiers préparés par la voie de l’apprentissage sont essentiels au fonctionnement quotidien de notre économie et de nos territoires. L’artisanat, le bâtiment, les métiers de bouche ou encore les services de proximité reposent largement sur ces formations, sans lesquelles de nombreux secteurs peinent déjà à recruter. Fragiliser l’apprentissage revient ainsi à affaiblir des compétences indispensables à la vie économique locale et à la continuité de savoir-faire fondamentaux. Cette importance se retrouve tout particulièrement aux niveaux CAP et baccalauréat professionnel, qui alimentent directement les métiers de terrain, mais également jusqu’au niveau master, où l’apprentissage participe aussi à la formation de cadres et de profils hautement qualifiés.
Cette annonce s’inscrit à contre-courant des différentes mesures mises en place depuis 2018 pour faire de l’apprentissage une priorité nationale. En effet, plusieurs réformes ont contribué à son développement, avec un doublement des entrées en apprentissage en une dizaine d’années selon la direction générale du Trésor. Son efficacité en matière d’insertion professionnelle est également avérée : au niveau CAP, 63 % des apprentis sont en emploi 18 mois après leur formation, contre 36 % des élèves issus de la voie scolaire en 2021. Dans ce contexte, la réduction des financements apparaît d’autant plus problématique que les budgets des régions ont déjà été votés, les contraignant désormais à adapter leurs politiques en urgence face à ce manque de ressources.
Dans le département de la Vienne, ces conséquences sont déjà visibles et menacent directement des formations de proximité indispensables au tissu économique local, telles que le CAP Pâtissier à Loudun. Alors même que de nombreux artisans partiront à la retraite dans les prochaines années, la capacité à former et à transmettre les compétences apparaît gravement compromise.
Par conséquent, il interroge le Gouvernement sur les motifs de ce désengagement, qui compromet la pérennité de l’apprentissage et risque de fragiliser une filière essentielle pour l’avenir de la jeunesse et des territoires.
La question sera publiée le 18 juin au Journal Officiel et portera le numéro 09182.
