
Cette semaine, une fois encore, le pays était suspendu à une décision politique. Le discours de politique générale, exercice d’ordinaire réservé aux initiés, a, cette fois-ci, suscité un intérêt populaire inédit. L’enjeu était de taille : le sort des motions de censure, et avec lui la menace d’une dissolution, se jouait dans l’hémicycle.
Jeudi matin, les motions déposées par les députés des deux extrémités de l’hémicycle ont été rejetées. Le gouvernement Lecornu est donc maintenu, au moins pour quelques semaines, offrant à la France un fragile répit, un semblant de stabilité. Et c’est tant mieux.
Pour parvenir à cet accord de non-censure, le Premier ministre a dû concéder à la gauche la suspension de la réforme des retraites. Ce report ne règle rien. Tôt ou tard, il faudra rouvrir ce dossier, car nous ne pourrons pas tout financer à la fois : compenser le coût des retraites, réduire la dette et soutenir le pouvoir d’achat. Il faudra, inévitablement, travailler plus longtemps et davantage chaque semaine. La formule est simple : pour financer plus, il faut produire plus.
Mais cette promesse de suspension, ajoutée au climat d’instabilité politique, a eu un effet immédiat : l’agence américaine S&P a abaissé la note souveraine de la France, la faisant passer de AA- à A+, jugeant que « l’incertitude sur les finances publiques françaises demeure élevée ». Cette décision peut sembler technique, presque abstraite. Elle ne l’est pas : une telle dégradation peut entraîner une hausse du coût de la dette et alourdir les intérêts payés par l’État.
Pour autant, la priorité du moment reste claire : il faut adopter un budget. Entre le 13 décembre 2024, date de la censure du gouvernement Barnier, et le 15 février 2025, date de promulgation de la loi de finances pour 2025, la France a perdu 2 milliards d’euros par semaine. À titre de comparaison, la suspension de la réforme des retraites représente une perte équivalente sur deux ans.
Autrement dit, céder sur les retraites pour éviter la censure reste, pour l’instant, la moins mauvaise des mesures.
Souvenons-nous de l’expérience de l’hiver 2024-2025.
C’est dit !
