
Mardi dernier, le Premier ministre François Bayrou a présenté les grandes orientations budgétaires. Pour redresser les comptes publics, le gouvernement prévoit un effort de 43,8 milliards d’euros. L’urgence est réelle : entre 2019 et 2024, corrigées de l’inflation, les dépenses ont augmenté de 8,8 % tandis que les recettes ont reculé de 2,7 %. Aujourd’hui, pour 1 euro de recette, l’État dépense plus de 1,50 euro.
Conscients de cette dérive, les sénateurs ont engagé dès le mois de mai des travaux préparatoires aux projets de lois de finances (PLF) et de financement de la sécurité sociale (PLFSS) pour 2026. Une contribution sénatoriale en est issue, dont plusieurs propositions se retrouvent dans les annonces du gouvernement.
L’intervention du Premier ministre a le mérite d’ouvrir un débat nécessaire sur le travail : pour réduire durablement le déficit, il faut que les Français travaillent davantage en volume. Cela peut passer par une entrée plus précoce sur le marché du travail, un départ plus tardif à la retraite, une augmentation de la durée hebdomadaire ou la réduction du nombre de jours fériés. En revanche, la proposition de supprimer le 8 mai est malvenue : dans un contexte de montée de l’antisémitisme, il est essentiel de préserver ce jour de mémoire, symbole de la fin des horreurs nazies et de la Shoah.
Parmi les autres mesures annoncées figure la suppression de 3 000 postes de fonctionnaires dès 2026, avec le non-remplacement d’un départ à la retraite sur trois. Le Sénat avait proposé de rétablir le principe du non-remplacement d’un départ sur deux, s’appuyant sur un constat clair : depuis 2019, la masse salariale de l’État a progressé de près de 20 %.
Concernant la simplification, des mesures sont à l’étude. Le Premier ministre a évoqué une révision des aides publiques aux entreprises, évaluées à 211 milliards d’euros par an selon un rapport sénatorial. Il pourrait également s’appuyer sur les conclusions de la commission d’enquête sur les agences et opérateurs de l’État, dont les recommandations permettraient une économie de 540 millions d’euros.
S’agissant des collectivités territoriales, leur participation au redressement budgétaire doit rester proportionnée à leur responsabilité réelle dans la dégradation des comptes publics. Depuis 30 ans, leur dette reste stable (entre 7 et 9 % du PIB) et leur déficit est limité à +/- 0,6 %. Le Sénat sera particulièrement vigilant sur les efforts demandés aux collectivités dans le prochain projet de loi de finances.
Enfin, l’idée d’instaurer une « taxe Zucman », un impôt de 2 % sur le patrimoine des ultrariches (au-delà de 100 millions d’euros), soulève de nombreuses réserves. Sans coordination internationale, ou a minima européenne, une telle mesure risquerait d’entraîner une fuite des capitaux. La ministre des Comptes publics, Amélie de Montchalin, a cité l’exemple du Royaume-Uni, où une mesure comparable a conduit au départ de 1 400 foyers et à la perte de 110 milliards de livres d’investissements.
Une nouvelle censure budgétaire à l’automne serait dramatique pour notre pays. Celle de décembre dernier a déjà coûté 12 milliards d’euros, sans compter les conséquences politiques et économiques liées à l’instabilité qu’elle a engendrée.
C’est dit !
